Le Sarkomètre de la parité et de la diversité

LE SARKOMETRE DE LA PARITE ET DE LA DIVERSITE
Une réalisation du CRAN et de l’association Mix-Cité
Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy a été élu président de la République française pour 5 ans : le 6 novembre 2009, il se trouve donc à mi-mandat. C’est le moment de dresser un premier bilan de son activité, en tenant compte de ses engagements et de ses réalisations. C’est pourquoi deux associations, Mix-Cité et le CRAN, ont décidé de travailler ensemble pour établir le Sarkomètre de la parité et de la diversité.
Sur le modèle de l’”Obameter” qui, aux Etats-Unis, évalue dans quelle mesure Barack Obama tient ses promesses au fil du temps, nous avons décidé de réaliser le Sarkomètre pour évaluer le degré de réalisation des promesses faites pendant la campagne des présidentielles. En effet, pendant la campagne de 2007, le CRAN et l’Observatoire de la parité avaient envoyé des questionnaires aux principaux candidats, et comme les autres, le candidat Sarkozy y avait répondu en formulant un certain nombre d’engagements.
Par ailleurs, pendant toute cette campagne, le candidat de l’UMP n’avait cessé de proclamer son désir d’instituer une république moderne, exemplaire, transparente, qui rende des comptes. Il s’est fait le chantre de « la culture du résultat ». Une fois élu, il a même décidé de faire évaluer chaque membre du gouvernement par Eric Besson, naguère secrétaire d’Etat chargé de la prospective et de l’évaluation. A mi-mandat, à notre tour d’évaluer le bilan du président Sarkozy à l’aune des promesses du candidat Sarkozy.
SOMMAIRE
C/ Entretien sur le Sarkomètre de la parité, avec Thomas Lancelot
II Le Sarkomètre de la diversité
C/ Entretien sur le Sarkomètre de la diversité, avec Louis-Georges Tin
III Les Questions de l’Observatoire de la parité et les réponses du candidat Sarkozy en 2007
IV Les Questions du CRAN et les réponses du candidat Sarkozy en 2007
En 2007, pendant la campagne pour les présidentielles, sur l’égalité hommes-femmes :
-14 questions ont été posées au candidat Sarkozy ;
-11 engagements ont été pris par le candidat Sarkozy ;
En 2009, à mi-mandat :
- promesses pas du tout tenues par le président Sarkozy : 7
- promesses dont la réalisation est peu avancée : 3
- promesses dont la réalisation est assez avancée : 0
- promesses totalement tenues : 1

Examen du questionnaire de l’Observatoire de la parité, et des engagements pris par Nicolas Sarkozy
1. Parité au gouvernement
Analyse : promesse pas tenue du tout

2. Ministère de plein droit chargé des droits des femmes
Analyse : Promesse pas tenue du tout

3. Parité dans les élections
Analyse : promesse pas tenue du tout

4. Evolutions du statut de l’élu
Analyse : promesse pas tenue du tout

5. Soutien aux organisations luttant pour l’égalité homme-femmes
Analyse : réalisation peu avancée

6. Modifier la constitution
Analyse : promesse tenue

7. Orientation scolaire et formation des femmes
Analyse : promesse pas tenue du tout

8. Ecarts de rémunération entre hommes et femmes
Analyse : promesse pas tenue du tout

9. Précarité des femmes, et inégalités en matière de retraites
Analyse : promesse pas tenue du tout

10. Accueil de la petite enfance et des personnes âgées ou dépendantes
Analyse : réalisation peu avancée

11. Education à la sexualité et à la contraception
Pas d’engagement précis du candidat
12. CSA et lutte contre le sexisme dans les médias
Pas d’engagement précis du candidat
13. Lutte contre les violences conjugales
Réalisation peu avancée

14. Lutte contre les discriminations sexistes
Pas d’engagement précis du candidat.
C/ Entretien sur le Sarkomètre de la parité
4 Questions à Mix-Cité
Question : D’où vient votre intérêt pour le Sarkomètre, et quelle est la nature de votre collaboration avec le CRAN ?
Thomas Lancelot pour Mix-Cité Paris : il faut rendre à César ce qui appartient à César : nous avons répondu à la sollicitation de Louis-Georges Tin, porte parole du CRAN pour nous joindre à cette opération. En effet, lorsque Mix-Cité est née en 1997, nous avons souhaité d’emblée articuler la question de l’égalité des sexes avec la question de l’égalité des sexualités. Mix-Cité est une association féministe mixte qui milite pour l’égalité des sexes et des sexualités parce que nous pensons que le sexisme et l’homophobie sont les deux faces d’une seule et même médaille. D’ailleurs, nous avions signé un texte intitulé Pour l’égalité sexuelle publié dans le Monde où nous souhaitions marier les revendications féministes et les revendications gaies et lesbiennes. C’est dans ce contexte que nous avons connu Louis-Georges Tin, qui était venu exposer à une de nos réunions débat les stratégies rhétoriques de l’homophobie.
Mais Mix-Cité, dans ses réflexions et ses prises de position, essaie aussi d’articuler la question du sexisme avec la question du racisme. Sur ces 3 questions : « race », sexe et sexualité, il se trouve que chaque lutte est stigmatisée de communautariste. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si on trouve l’excellent article de Philippe Mangeot (ancien président d’Act Up) sur le communautarisme dans le Dictionnaire de l’Homophobie dirigé par Louis-Georges Tin. « De fait, écrit P. Mangeot, le mot « communautariste » est la signature lexicale de tout discours visant à discréditer la politisation des questions minoritaires. ( …) Parti de la question des minorités ethniques, le motif communautariste sert à entamer la crédibilité des discours féministes pour culminer avec le discrédit a priori jeté sur des expressions communautaires gaies et lesbiennes ». Le fil est tissé entre toutes ces luttes, et il est inenvisageable pour Mix-Cité de se désolidariser de l’une ou l’autre de ces luttes pour ne faire prévaloir que la sienne. La République ne garantit toujours pas l’égalité parce qu’elle ignore ou feint d’ignorer les discriminations concrètes en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou de la couleur de peau. Avec le CRAN mais également avec les associations LGBT, nous pouvons dire comme P. Mangeot : « « Nous sommes les universalistes » parce que nous ne prenons pas la norme majoritaire pour l’universel ». C’est pourquoi, l’idée d’évaluer l’évaluateur sur ses promesses concernant les droits des femmes et la diversité nous a semblé pertinente.
Q : Quel bilan global dressez vous du Sarkomètre en matière d’égalité des sexes et des droits des femmes ?
TL : Le bilan est globalement négatif. A l’occasion de la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait répondu au questionnaire de l’Observatoire de la parité (toujours disponible sur leur site avec les réponses de tous les autres candidat-es) sur la nature de leurs engagements concernant la mise en œuvre de l’égalité entre les femmes et les hommes. Sur 14 questions, on évalue que 3 d’entre elles ne comprennent pas de véritable engagement. Sur les 11 autres, une seule est vraiment tenue : la révision constitutionnelle ; 7 ne sont pas tenues, et 3 sont peu avancées. Pourtant, certains engagements comme la parité au gouvernement ou un ministère des droits des femmes (significativement les 2 premiers engagements) étaient très faciles à tenir. D’autant que ces promesses ne coûtent rien et peuvent rapporter beaucoup en termes d’image. Or le président a fait le choix inverse de sacrifier ces engagements dès la composition de son gouvernement. C’est un symbole qui en dit long sur ses priorités. A partir du moment où il affiche ouvertement, et dès sa prise de fonction, son mépris sur les questions de l’égalité des sexes et des droits des femmes, pourquoi s’embarrasserait-il des problèmes féministes ?
Q : Y-a- t-il des points positifs malgré tout ?
TL : Sur un point important oui : la révision constitutionnelle. C’est un préalable nécessaire mais non suffisant pour l’adoption de futures lois qui permettront aux femmes d’accéder plus facilement aux postes de responsabilités. Mais pour le moment, c’est comme une loi qui aurait été votée sans ses décrets d’application. C’est paradoxalement indispensable, mais inutile sans les lois qui vont avec, pour faire bouger les choses dans les Conseils d’administration très masculins et dans les autres sphères de responsabilités.
Q : quelles suites envisagez vous à cette action ?
TL : il est encore possible au président lors du prochain remaniement ministériel de rétablir un ministère des droits des femmes (et pas un sous secrétariat d’Etat) et de parvenir à la parité dans la composition de son gouvernement. Améliorer le financement des associations qui agissent véritablement sur le terrain pour les droits des femmes (avortement, contraception, aide aux femmes victimes de violences….) est aussi à sa portée. Construire des crèches est plus coûteux mais plus ambitieux. Bref, nous demandons que la présidence et le gouvernement se saisissent de leurs propres engagements et planifient un calendrier pour la fin du mandat afin de faire respecter leurs promesses. Ce qui caractérise la présidence de Sarkozy, ce ne sont pas tant ses mensonges (Mitterrand mentait, Chirac mentait…) que la dimension de classe de ses mensonges. En définitive, Sarkozy respecte la plupart de ses engagements envers les classes dominantes (bouclier fiscal etc.) mais peut se permettre de mentir effrontément envers les classes dominées (femmes, noir-es, arabes, ouvrier-ères…). Ce n’est donc pas un hasard si nous nous retrouvons ensemble le CRAN et Mix-Cité dans ce combat.
II Le Sarkomètre de la diversité
En 2007, pendant la campagne pour les présidentielles, sur la question noire :
-13 questions ont été posées au candidat Sarkozy ;
-13 engagements ont été pris par le candidat Sarkozy ;
En 2009, à mi-mandat :
- promesses pas du tout tenues par le président Sarkozy : 5
- promesses dont la réalisation est peu avancée : 8
- promesses dont la réalisation est assez avancée : 0
- promesses totalement tenues : 0

Examen du questionnaire du CRAN, et des engagements pris par Nicolas Sarkozy
1. Lutte contre les discriminations
Analyse : réalisation peu avancée

2. Mise en œuvre des statistiques de la diversité
Analyse : réalisation peu avancée

3. Emploi
Analyse : réalisation peu avancée

4. Logement social
Analyse : promesse pas tenue du tout

5. Le « mieux-vivre » dans les banlieues
Analyse : réalisation peu avancée

6. Statut des DOM-TOM et continuité territoriale
Analyse : réalisation peu avancée

7. Reconnaissance culturelle et politique du créole
Analyse : promesse pas tenue du tout

8. Relations entre la France et les anciennes colonies
Analyse : promesse pas tenue du tout

9. Empêcher que la lutte contre l’immigration ne renforce précarité, racisme, xénophobie
Analyse : réalisation peu avancée

10. Droit de vote des résidents non communautaires
Analyse : promesse pas tenue du tout

11. Politique de la mémoire, école et Centre international des cultures noires en France
Analyse : promesse pas tenue du tout

12. Empêcher que la lutte contre l’insécurité ne stigmatise davantage les jeunes, les Noirs, les Beurs
Analyse : réalisation peu avancée

13 : Projet d’avenir pour la jeunesse
Analyse : réalisation peu avancée

C/ Entretien sur le Sarkomètre de la diversité
5 Questions au CRAN
- Question : Comment vous est venue l’idée de ce Sarkomètre ?
- Louis-Georges Tin : Notre idée s’inspire en bonne partie de l’Obameter, qui existe aux Etats-Unis, et qui examine dans quelle mesure Barack Obama tient ses engagements. Nous avons repris et adapté la formule, et cela nous a semblé d’autant plus nécessaire que pendant la campagne pour les présidentielles, le candidat de l’UMP n’avait cessé de proclamer son désir d’instituer une république moderne, transparente, qui rende des comptes. Il s’est fait le chantre de « la culture du résultat ». Une fois élu, il a même décidé de faire évaluer chaque membre du gouvernement par Eric Besson, naguère secrétaire d’Etat chargé de la prospective et de l’évaluation. Du coup, à mi-mandat, il nous a semblé nécessaire d’examiner le bilan du président Sarkozy à l’aune des promesses du candidat Sarkozy. En d’autres termes, il s’agit d’évaluer l’évaluateur.
- Q : Pourquoi un Sarkomètre de la parité et de la diversité ?
- LGT : Nous n’avons ni les moyens, ni la légitimité nécessaires pour évaluer l’ensemble des politiques publiques mises en œuvre par le gouvernement depuis 2007. En revanche, sur la diversité, nous avons évidemment une certaine expertise. Par ailleurs, nous avons voulu réfléchir aussi à la parité, qui est un combat très proche du nôtre, et que nous soutenons. Par exemple, en 2007, nous avions lancé une pétition pour faire entrer au Panthéon Olympe de Gouges et Solitude, pour lutter contre la sous-représentation des femmes dans les lieux de mémoire de la république. Pour cette nouvelle opération, nous avons donc sollicité l’association Mix-Cité, que nous connaissons bien, association féministe, qui a conscience –ce n’est pas si fréquent– de la nécessité d’articuler lutte contre le sexisme et lutte contre le racisme.
- Q : Quel bilan global dressez-vous du Sarkomètre en matière de diversité ?
- LGT : Malheureusement, le bilan n’est guère positif. En 2007, Nicolas Sarkozy avait répondu au questionnaire du CRAN. Il avait pris des engagements dans 13 domaines, concernant la lutte contre les discriminations, les questions mémorielles, les banlieues, etc. Au total, 38% de promesses pas tenues du tout, 62% de réalisations peu avancées, 0% de réalisations assez avancées, 0% de promesses totalement tenues. Pire encore, nous avons constaté que dans de nombreux domaines, les ministères n’étaient même pas au courant des engagements du président ! Par exemple, Nicolas Sarkozy avait soutenu l’idée d’un grand centre des cultures noires, sur le modèle de l’Institut du monde arabe. Quand nous les avons contactés, les divers ministères concernés n’en savaient rien. Où en est-on aujourd’hui ? Au point mort !
- Q : Y a-t-il des points positifs malgré tout ?
- LGT : Sur un point important, oui. Il faut reconnaître qu’il y a à l’Elysée une certaine volonté d’avancer sur la mise en place des statistiques de la diversité, avec M. Sabeg. Malheureusement, l’UMP traîne un peu les pieds dans ce domaine. Quant au Parti Socialiste, il a largement entravé ce processus, alors même que, selon notre dernier sondage (CSA-CRAN, avril 2009), 2 français sur 3 ont favorables à cette mesure, chiffre qui s’élève à 3 sur 4, quand on interroge les personnes issues de la diversité.
- Q : Quelles suites envisagez-vous à cette action ?
- LGT : Il reste encore au président deux ans et demi pour avancer, et corriger le tir. Nous interpellons l’Elysée, et nous souhaitons de toute urgence la mise en place d’un comité de suivi, une coordination interministérielle, au niveau de Matignon, qui s’assure de la mise en œuvre du programme, dans tous les domaines considérés, de l’emploi au logement social en passant par l’éducation. La feuille de route est tracée, il n’y a qu’à la suivre. Si rien n’est fait, les citoyens devront en tirer les conséquences nécessaires en 2012. Pour notre part, nous continuerons à informer le public des avancées ou des reculs. Malgré la rupture annoncée, Nicolas Sarkozy sera-t-il lui aussi un « Super menteur » ? Nous verrons bien. En tout cas, le temps passe, le compteur tourne, le Sarkomètre veille…
III Les Questions de l’Observatoire de la parité et les réponses du candidat Sarkozy en 2007
1. Donnerez-vous l’exemple au plus haut niveau en formant un gouvernement paritaire?
Oui. Je suis convaincu qu’en 2007, un gouvernement ne peut qu’être paritaire.
2. Initierez-vous un ministère de plein droit chargé des droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes ayant la mission de coordination de l’évaluation sexuée de l’impact des politiques publiques des différents ministères ?
Oui. Je veux former un gouvernement resserré de 15 ministres de plein exercice. Il va de soi que l’un ou l’une des ministres sera en charge des droits des femmes et de l’égalité entre les hommes et les femmes. Ces questions devront également être suivies au niveau interministériel pour que toutes les politiques publiques soient pensées et évaluées au vu de leurs effets sur les inégalités entre hommes et femmes.
3. Comment ferez-vous progresser la parité pour les élections au mode de scrutin uninominal (législatives, sénatoriales et cantonales) et la désignation des délégués au sein des intercommunalités ?
La loi sur la parité pénalise les partis politiques qui ne présentent pas suffisamment de candidates, sans tenir compte du nombre de femmes élues. Je propose donc de compléter cette loi par la création d’un bonus financier qui serait accordé aux partis ayant fait élire le plus grand nombre de femmes. On verrait alors plus de femmes qu’aujourd’hui dans des circonscriptions « éligibles ». Je souhaite en outre étendre l’obligation de parité là où elle n’existe pas encore, par exemple dans les communes de 2 500 à 3 500 habitants.
Je tiens toutefois à dire que, si la parité permet de faire de gros progrès pour l’accès des femmes aux responsabilités politiques, elle ne s’attaque pas aux vrais problèmes : la difficulté pour les femmes de concilier une telle activité en plus des multiples facettes de leur vie, vie de femme, vie de mère, vie professionnelle. Par ailleurs, la vie politique reste un milieu dur que beaucoup de femmes rejettent. C’est aux hommes de s’interroger sur ce point.
4. Quelles évolutions du statut de l’élu envisagez-vous ?
Je suis convaincu de la nécessité de favoriser une représentation de la nation dans toute sa diversité, ce qui implique de faciliter l’engagement politique des femmes, mais aussi de catégories socioprofessionnelles qui sont encore insuffisamment représentées et des minorités dites visibles. J’entends donc mener une réflexion approfondie sur les améliorations du statut de l’élu qui y contribueraient.
5. Quelles ressources financières et humaines accorderez-vous aux organismes et structures agissant en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes conformément aux engagements internationaux de la France ?
Je garantirai le niveau des crédits qui sont aujourd’hui alloués au financement de tels organismes.
6. A l’instar de ce qui a été réalisé en politique, vous engagez-vous à modifier la Constitution pour permettre de favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales dans les élections prud’homales et professionnelles, dans les conseils d’administration des sociétés anonymes, dans les élections des comités d’entreprise et dans les jurys de concours et instances de promotion de la fonction publique ?
Je me suis engagé, et je suis personnellement attaché, à étendre le principe de parité aux élections aux institutions représentatives du personnel dans les entreprises (sous la forme d’une proportionnalité avec le nombre de femmes présentes dans l’entreprise), aux élections prud’homales et dans les jurys de concours de la fonction publique. La décision rendue par le Conseil constitutionnel le 16 mars 2006 nous a montré qu’une révision de la Constitution constituait un préalable nécessaire. Je m’engage à la faire adopter.
7. Les femmes et les hommes suivent souvent des parcours traditionnels de formation, qui orientent les femmes dans les professions moins valorisées et moins rémunérées. Quelles mesures concrètes prendrez-vous dans le cadre de la loi d’orientation et de programme scolaire pour y remédiez?
Il est en effet paradoxal que, plus de 40 ans après la généralisation de la mixité scolaire, alors même que le taux de réussite scolaire et universitaire des filles est plutôt plus élevé que celui des garçons, elles continuent à s’orienter vers des professions moins valorisées et moins rémunérées. La première chose à faire, c’est de dire – dès l’école – aux filles que leurs aspirations professionnelles ne sont pas moins légitimes que celles des garçons. Ensuite, nous avons besoin d’un véritable service public de l’orientation, qui informe précisément chaque élève sur les possibilités qui lui sont offertes, et sur les débouchés réels des filières en termes d’emploi et de salaires. L’égalité des ambitions entre les sexes fera partie du cahier des charges de ce nouvel organisme. Je compte également agir en aval en favorisant l’accès des femmes à la formation professionnelle.
8. Quels sont vos engagements pour éliminer les écarts de rémunération persistant entre les femmes et les hommes, malgré les lois de 1972, 1983, 2001, 2006 ?
C’est la preuve qu’il faut passer au stade de la sanction. Dès le mois de juin ou juillet prochain, si je suis élu, j’organiserai une conférence nationale sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes dans le but d’aboutir à une égalisation des rémunérations d’ici 2009. A compter de cette date, l’inspection du travail aura la possibilité de sanctionner les entreprises dans lesquelles cette égalité ne serait pas respectée.
9. L’augmentation de l’activité des femmes depuis les années 1980 s’est effectuée dans le cadre d’emplois qui ne permettent pas une réelle autonomie financière (83 % des emplois à temps partiel, 60 % des emplois aidés ou en CDD), ce qui contribue à leur précarisation. Quelles mesures proposez-vous face à cette situation et quels dispositifs comptez-vous mettre en place pour palier les écarts considérables existants entre les femmes et les hommes en matière de retraite ?
S’agissant de l’emploi, le travail est le meilleur remède contre la précarité. Il faut que les Français travaillent plus pour créer plus de richesses et donc plus de consommation, plus d’activité et à terme plus d’emploi. Dans une société du plein emploi, celle que je préconise et que je crois possible d’ici cinq ans, il n’y a ni chômage, ni précarité. Ce sont les entreprises qui cherchent des salariés à temps plein et non l’inverse, et on est prêt à les payer cher pour cela.
S’agissant des retraites, il y a plusieurs difficultés, mais globalement ce sont essentiellement les femmes qui sont pénalisées par ce que l’on appelle les petites retraites. Je veux faire principalement quatre choses : augmenter le taux des pensions de réversion (de 54 à 60% au moins) ; augmenter de 25% le minimum vieillesse ; revaloriser les retraites des épouses d’agriculteurs, de commerçants et d’artisans, qu’on a laissées ne pas cotiser pendant des années ; donner des droits à la retraite aux femmes qui se consacrent exclusivement à l’éducation de leurs enfants car, pendant ce temps, elles n’utilisent pas les crèches ou les structures d’accueil des jeunes enfants.
10. Les femmes continuent à interrompre leur activité ou à s’absenter pour prendre en charge des responsabilités familiales, au détriment de leur carrière et de leurs droits à la retraite. Quels sont vos objectifs de développement concernant les services publics d’accueil de la petite enfance et de prise en charge des personnes âgées ou dépendantes ? Inciterez-vous les hommes à prendre une part des responsabilités familiales ?
Il est impératif que la garde des enfants ne soit plus un problème pour les mères ou les pères qui veulent travailler. C’est pourquoi, je m’engage à rendre opposable pendant la législature le droit à une solution de garde pour chaque enfant. Les fonds publics actuellement consacrés à la garde des jeunes enfants seront réorientés vers une allocation unique, simple, qui ne fera aucun perdant, et dont les familles pourront faire l’usage qu’elles veulent, soit pour recruter une assistante maternelle, soit pour payer une place en crèche, soit pour dédommager celui des deux conjoints qui arrête de travailler pour s’occuper de l’enfant. C’est en solvabilisant la demande que l’offre se développera là où sont les besoins, je pense en particulier aux crèches d’entreprises et aux crèches associatives. Je veux également que l’école prenne en charge les orphelins de 16h en organisant des études dirigées dans tous les établissements, pour que les enfants dont les familles le souhaitent, au lieu d’être livrés à eux-mêmes, soient encadrés pour faire leurs devoirs. J’entends également inciter les pères à prendre toute leur part dans la vie de la famille : notamment, à l’image des pays scandinaves, un congé parental plus avantageux sera créé à condition que les pères en prennent une partie.
Par ailleurs, je constate que ce sont les femmes qui permettent aujourd’hui le plus souvent aux personnes âgées ou aux personnes handicapées de rester à domicile. Il me paraît donc urgent de donner au secteur de l’aide à domicile, le cadre et les moyens nécessaires à son développement. J’entends créer, à cette fin, une cinquième branche de la protection sociale consacrée à la dépendance.
11. Quels sont vos engagements en matière de politique d’éducation à la sexualité et à la contraception ?
L’école doit jouer un rôle important dans l’apprentissage de la prévention, du respect de l’autre et des différences d’orientation sexuelle. Elle doit ainsi permettre aux jeunes garçons et filles d’adopter un comportement responsable à l’âge où ils découvrent l’amour et les risques qui lui sont liés. Cet enseignement doit être adapté en fonction du contexte et du niveau d’information de la population scolaire des établissements, dans le cadre de l’autonomie que je souhaite leur confier.
12. Vous engagez-vous à confier au CSA une mission renforcée de lutte contre le sexisme afin que les médias contribuent à donner une image moins stéréotypée des compétences et du potentiel des femmes et des hommes dans notre société ?
Je ne sais pas si c’est le rôle du CSA. Mais il faut certainement agir sur les mentalités pour continuer de lutter contre les stéréotypes et les attitudes sexistes.
13. Comment lutterez-vous contre les violences conjugales, notamment concernant la prévention, la mise en cohérence des décisions pénales et civiles, la formation des professionnels (santé, police, justice, travailleurs sociaux) et la concertation avec les associations ?
La loi du 4 avril 2006 renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple a permis une très grande avancée puisqu’elle prévoit notamment d’étendre au concubin, au “pacsé” ou à l’ancien conjoint les règles qui s’appliquent en cas de violences commises par l’époux. Par ailleurs, il est désormais possible d’écarter le conjoint violent du domicile avant même la décision de justice au fond. C’est un progrès considérable. Si je suis élu, je m’attacherai à garantir une application effective de l’ensemble de ces mesures et à mettre en place un programme de traitement des comportements violents, qui sont hélas généralement la conséquence de mauvais traitements reçus pendant l’enfance.
14. Vous engagez-vous à faire connaître la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), ratifiée par la France depuis 1983, notamment par l’intermédiaire des programmes scolaires et à promouvoir son application effective, le cas échéant, sous sanction ?
Ce texte devrait en effet être plus largement connu et appliqué. A titre personnel, ma référence reste cependant le préambule de la Constitution de 1946, auquel renvoie notre Constitution actuelle, qui prévoit que « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme ». C’est au service de cet objectif que je souhaite appliquer le volontarisme dont j’ai toujours fait preuve pour les causes dans lesquelles je crois.
IV Les Questions du CRAN et les réponses du candidat Sarkozy en 2007
1. Quels sont vos projets en matière de lutte contre les discriminations ?
Les discriminations fondées sur la couleur de peau sont inadmissibles dans une République qui a porté sur ses frontons les notions de « liberté, égalité et fraternité ». Il faut transformer les égalités virtuelles en égalités réelles et ne plus se limiter à des principes comme le font, à certains égards, les défenseurs de notre modèle traditionnel d’intégration. C’est pour cela que je suis favorable à une discrimination positive à la française, celle qui nous permet à la fois de ne pas renier nos principes républicains (ne la fondant sur une base territoriale) et de prendre le taureau par les cornes (en promouvant des modèles positifs et méritants).
Dans mes fonctions de Ministre de l’Intérieur, j’ai été le premier - et je suis encore le seul parmi les candidats à l’élection présidentielle- à soutenir cette mesure. En étant à l’origine de la nomination de préfets et d’autres hauts fonctionnaires (dont le dernier en date est Pierre Ngahane, préfet délégué à l’égalité des chances en région PACA), j’ai tenu à montrer qu’en matière d’égalité des chances, nous n’avons pas le droit de baisser les bras ni de s’entêter dans des postures qui n’ont pas fait avancer la cause de la diversité. Nous ne ferons pas comprendre que la différence n’est pas un risque, mais au contraire une chance, tant que nous ne serons pas capables d’intégrer dans notre communauté de vie, ceux de nos concitoyens qui sont discriminés.
2. Etes-vous favorable à l’usage des statistiques de la diversité afin de lutter contre les discriminations à raison de la couleur de la peau ?
Naturellement, les statistiques de la diversité sont une manière d’appréhender la réalité de la discrimination. Pour autant, elles ne doivent pas aboutir à communautariser le débat, ni à stigmatiser les personnes. Dès lors qu’elles sont basées sur le volontariat des personnes interrogées et que toutes les garanties d’anonymat sont données, elles sont nécessaires et utiles.
3. Les populations noires étant particulièrement exposées au chômage, comment pensez-vous vous y prendre pour qu’elles ne soient pas les oubliées de la croissance et de l’emploi ?
Toutes les statistiques montrent que la couleur de peau est un facteur discriminant dans les décisions d’embauche. Là encore, on ne peut plus se contenter de s’en remettre au civisme ou à la bonne volonté des employeurs. La réalité, c’est qu’il y a des personnes qui cumulent tellement de difficultés qu’elles ne peuvent espérer s’en sortir sans une intervention renforcée des pouvoirs publics. Essayons de faire beaucoup plus pour ceux qui ont beaucoup moins. Qu’ils vivent dans une zone rurale enclavée, dans une banlieue défavorisée ou dans un bassin d’emploi sinistré.
Concrètement, la promotion de la diversité dans l’emploi passe par la généralisation de la procédure du CV anonyme partout où elle est possible (grandes entreprises, ANPE…). Nous réserverons les marchés publics aux entreprises dotées d’un label « diversité », c’est-à-dire à celles dont le personnel reflète le caractère multiple de la société française. Mais c’est d’abord dans la fonction publique que l’Etat, parce que c’est son rôle, devra montrer l’exemple d’une politique de diversité qui donne sa chance à chacun. Nous créerons des centres de préparation de ces concours ouverts aux jeunes des quartiers ou à des jeunes bénéficiaires de bourses attribuées en fonction de critères sociaux. Ils auront pour but mettre ces personnes au même niveau que les autres pour préparer et réussir les concours de la fonction publique.
Toutefois, dans mon esprit, il n’est pas question d’exonérer ses bénéficiaires de toute exigence d’effort et de mérite : c’est la raison pour laquelle je suis opposé aux quotas, à moins qu’ils ne servent temporairement à corriger une situation.
4. Quels dispositifs pensez-vous mettre en place en matière de logement social ?
Jamais depuis l’après-guerre, la construction n’a été aussi dynamique dans notre pays : le niveau des mises en chantier atteint les 450 000 logements par an, quand nous plafonnions à 300 000 en 2001. Et pourtant, en dépit de cette mobilisation, la situation du logement demeure préoccupante pour beaucoup de gens. Selon la Fondation Abbé Pierre, près de trois millions de personnes vivraient dans des logements dépourvus du confort élémentaire, dans des squats insalubres et dangereux ou dans des situations de surpeuplement aggravé. 90 000 personnes sont sans domicile fixe. C’est la raison pour laquelle en décembre dernier à Charleville-Mézières, j’ai été le premier à proposer le droit au logement opposable pour que plus personne ne soit obligé de dormir et de mourir de froid dans la rue.
La première priorité est de libérer des terrains disponibles pour la construction, car la première raison de la crise du logement est le déséquilibre entre l’offre et la demande. Notre deuxième priorité doit être de permettre à tous ceux qui le souhaitent de réaliser leur rêve de propriété, en particulier dans les milieux populaires.
Quant au logement social, il est une absolue nécessité. 10 millions de nos concitoyens y vivent. Je veux réaffirmer que nous avons besoin de logements sociaux supplémentaires en France. Aussi, pour satisfaire plus rapidement les besoins notamment en l’Ile-de-France, je crois nécessaire de développer, sans parti pris idéologique, des formules associant les intérêts publics et privés, comme cela peut se faire chez certains de nos voisins, en Allemagne notamment. Concrètement, un immeuble serait construit par un opérateur privé au titre du logement social, puis basculerait, au bout d’une période pouvant aller de 9 à 15 ans, dans le parc privé normal. Les locataires remplissant toujours les conditions d’éligibilité au parc social seraient relogés dans celui-ci.
Nous avons aussi besoin de logements sociaux de qualité. Ce n’est pas parce qu’on est une famille modeste et qu’on occupe un logement aidé par la collectivité qu’on a moins le droit au confort et à la tranquillité pour les siens. Je dois dire que, pour m’être rendu tant de fois dans les quartiers sensibles, je comprends profondément le désespoir de ceux qui vivent dans des HLM dégradés, surpeuplés et sans entretien depuis des années. Nous avons également besoin de plus de transparence dans les modes d’attribution des logements sociaux. Il me paraît indispensable que les logements sociaux soient attribués en fonction de critères objectifs. Je pense également qu’il serait juste que les loyers dans le parc social soient réellement modulés en fonction des revenus des locataires. Je propose enfin une simplification et une amélioration profondes des aides à la personne : à revenu égal, l’aide personnelle doit être plus importante si le loyer est plus élevé, ce qui est le cas notamment dans le parc privé. C’est une mesure d’élémentaire justice et qui faciliterait considérablement la mobilité entre le parc social et le parc privé
5. Quels projets avez-vous pour contribuer au « mieux-vivre » dans les banlieues ?
Je propose de construire une société du respect et de l’égalité des chances. Pour cela, il convient de ne plus trouver systématiquement des excuses à la délinquance dans les banlieues où elle sévit car les premières victimes de cette délinquance sont les proches et les voisins des délinquants. Je propose donc d’en finir avec une justice trop faible avec les délinquants, trop dure avec les innocents et trop indifférente à la souffrance des victimes. Je veux qu’à côté des peines planchers pour les multirécidivistes, l’ordonnance de 1945 sur le droit pénal des mineurs soit réformée. Il est également important que dans les quartiers populaires les valeurs fondamentales de notre pays soient respectées : elles sont le ciment des règles de la vie en collectivité.
Parallèlement, c’est la situation de nos cinq millions de concitoyens qui vivent dans ces quartiers qui appelle une action déterminée de l’Etat. Plusieurs orientations seront privilégiées :
- sortir les quartiers en crise de l’engrenage de la marginalisation en favorisant le retour des commerces, des services publics, notamment de transport ;
- promouvoir l’égalité des chances par l’éducation en engageant un plan d’urgence notamment en direction des établissements qui connaissent le plus grand nombre de difficultés (réduire de moitié le nombre d’élèves et répartir les autres dans les établissements proches, augmenter et mieux rémunérer les équipes éducatives, encourager le soutien individualisé et les activités culturelles) ;
- favoriser l’égalité des ambitions en mettant fin à l’autocensure scolaire, fruit d’années de démobilisation et de manque de confiance en soi des jeunes des quartiers populaires, en permettant que les meilleurs élèves de chaque établissement scolaire, dans la limite de 5%, aient le droit, s’ils le souhaitent, de rejoindre une classe préparatoire aux grandes écoles. Dans toutes les villes, nous ouvrirons des internats de réussite éducative afin que les élèves qui le souhaitent puissent bénéficier des meilleures conditions de travail pour réussir. Dans les quartiers particulièrement en difficulté, et à l’image de certaines expériences réussies déjà menées localement, nous créerons avec les collectivités territoriales des centres d’accueil et de préparation à l’école pour les enfants âgés de deux à trois ans. Le travail de ces structures sera concentré sur l’acquisition du langage et l’aide aux familles. Nous créerons également des écoles de la deuxième chance pour ceux qui sont sortis du système éducatif sans aucune qualification et qui sont en grande difficulté ;
- valoriser l’engagement citoyen et ceux qui œuvrent à la restauration du lien social par l’instauration d’un livret d’épargne civique par lequel tous ceux qui donnent du temps pour les autres, quel que soit leur âge, accumuleront des droits tels que des unités de valeur universitaires, des droits à la retraite, des droits à une validation d’acquis de l’expérience, éventuellement des exonérations fiscales puisque celles-ci sont possibles pour les dons d’argent. Je souhaite que le bénévolat soit reconnu et je propose trois mesures simples, mais directement opérationnelles à cet effet : qu’une année de bénévolat dans un club ou une association donne droit à un stage de formation gratuit ; que 20 heures par mois de bénévolat effectuées régulièrement donne droit à 10% de points en plus pour les examens ; que dix ans de bénévolat donne droit à une année de cotisation pour la retraite.
De même, nous généraliserons le tutorat entre étudiants et élèves défavorisés et encouragerons les jeunes retraités à s’engager comme collaborateurs de service public auprès des écoles ou auprès des personnes âgées vivant seules chez elles, notamment en milieu rural. Nous allouerons notamment un crédit d’impôt aux jeunes retraités qui s’investissent dans le soutien scolaire.
- développer le service civique pour permettre à chaque jeune d’avoir la possibilité de consacrer six mois de sa vie à des tâches d’intérêt général. Les jeunes ayant des difficultés d’insertion professionnelle pourront effectuer un stage de formation en guise de service civique.
6. Quelles réformes pensez-vous adopter à propos du statut des DOM-TOM et quelle mesure pensez-vous prendre pour remédier au défaut de continuité territoriale pour les DOM-TOM, notamment en matière de transports aériens ?
Je suis convaincu que la notion de continuité territoriale est fondamentale à plusieurs titres. Il en va de la compétitivité de nombreux secteurs économiques comme de la cohésion des familles dispersées. Compte tenu des enjeux et dans un contexte oligopolistique, j’estime que l’Etat est parfaitement légitime à intervenir pour favoriser une baisse des tarifs des transports aériens. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé récemment, après en avoir longuement discuté avec des associations comme le Collectif dom, que l’on s’attaque au problème, de façon concrète, en agissant à la fois sur l’offre et la demande.
Je propose d’abord de modifier les obligations de service public qui pèsent sur les compagnies qui desservent l’Outre-mer. Cela devrait favoriser un accroissement de l’offre de sièges - et donc une baisse des tarifs - puisque l’organisation de vols charters et l’arrivée d’éventuelles nouvelles compagnies seront facilitées. J’ai déjà agi en ce sens, et fait modifier tout récemment ces obligations de service public.
La seconde idée que je propose consiste à agir sur la demande de sièges d’avion en révisant les modalités d’application du système des congés bonifiés, sans le remettre en cause, afin de mieux étaler les périodes de départ en congés et donc de favoriser une baisse des tarifs. Ces propositions doivent, bien entendu, faire l’objet d’une concertation.
De même, il me paraît important d’assurer l’accès des ultramarins à l’Internet haut débit à des conditions comparables à celles de la métropole, tant d’un point de vue technique que tarifaire. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi, de la même manière, la TNT ne pourrait pas être déployée en Outre-mer dans les mêmes conditions qu’en métropole.
Enfin, il me paraît fondamental que l’Etat, dans le cadre des contrats de projets, soutienne davantage les politiques locales de transports en commun de personnes, notamment lorsqu’il s’agit d’alternatives à la route. Il en va de même du transport des marchandises qui pourrait être assuré bien davantage par voie maritime.
Il est également important de créer, au sein du ministère de l’Outre-mer, une structure chargée de suivre la question des Ultramarins en métropole pour mieux appréhender les difficultés pratiques auxquelles nos compatriotes d’Outre-mer ont à faire face en métropole ou dans leurs relations avec leurs territoires d’origine.
7. Que pensez-vous de la reconnaissance politique et culturelle de la langue créole ? Souhaitez-vous vous y engager ? Et si oui, comment ?
Ma conviction, c’est que, dans une démocratie mature, la République peut et doit faire davantage de place aux identités et cultures d’Outre-mer car, en réalité, elles font partie de nous-mêmes!
C’est la raison pour laquelle je suis favorable à l’enseignement des langues et cultures régionales dans leurs territoires d’origine et que je suis même favorable à leur enseignement en métropole lorsque que la demande est suffisamment importante pour justifier un investissement du système éducatif. N’oublions pas que le créole - je devrais dire les créoles - constitue l’ensemble de langues régionales le plus important de France par le nombre de locuteurs…
8. Quelle est votre vision des relations entre les anciennes colonies d’Afrique et la France ? Comment pensez-vous rendre plus équitables les coopérations politiques et économiques dans ce domaine ?
Notre politique d’aide au développement aura pour destination principale l’Afrique subsaharienne. Ses moyens seront augmentés, mais elle aura des obligations de résultat. Ses priorités seront la santé, notamment celle des femmes et des enfants, la formation professionnelle et technique, la formation des enseignants et le transfert des technologies propres. Notre participation aux initiatives internationales pour lutter contre les grandes pandémies (dont l’épidémie de Sida qui menace la survie même de plusieurs pays africains) et traiter la question des maladies indigentes et celle des maladies émergentes, nous place parmi les premiers contributeurs mondiaux. Il faut la compléter par une aide renforcée de pays à pays. D’immenses progrès restent à faire pour faciliter l’utilisation de ces ressources sur le terrain en renforçant les systèmes locaux de santé (distribution des médicaments, capacités de gestion, développement des ressources humaines locales…).
Lors du discours que j’ai prononcé à Cotonou l’année dernière, remettant en cause la République des réseaux, j’ai proposé, sur le plan politique, une rupture dans la manière dont sont organisées les relations françafricaines : nous ne soutiendrons ni les dictatures, ni les pays dirigés par des régimes corrompus.
Enfin, pour les aider à maximiser leur épargne durement gagnée en France, les migrants peuvent, depuis la loi sur l’immigration choisie de 2006 déduire de leurs impôts tout ou partie des sommes qu’ils investissent au profit du développement de leur pays d’origine, à l’image de la défiscalisation des investissements outre-mer qui s’est révélée efficace.
9. Quelles mesures pensez-vous prendre en matière d’immigration ? Comment pensez-vous faire pour que ces mesures ne contribuent pas à renforcer la précarité, le racisme et la xénophobie ?
Il y a 200 millions de migrants aujourd’hui dans le monde. Entre 2005 et 2050, les Nations-Unies prévoient le départ de 98 millions de personnes des pays en développement vers les pays développés. C’est dire l’urgence de porter la question de l’immigration au plus haut niveau de nos discussions internationales et européennes. Un traité multilatéral contraignant doit fixer des droits et des devoirs pour les pays d’origine (droit de circulation de ses ressortissants, droit d’être aidé en cas d’afflux de réfugiés, devoir de reprendre ses clandestins…) et pour les pays d’accueil (droit de fixer des plafonds d’immigration, interdiction de piller les cerveaux des pays en développement…). Une agence mondiale de l’immigration doit être chargée de le faire respecter. La lutte contre les filières clandestines, les passeurs sans scrupule, les esclavagistes modernes doit être une priorité de la coopération policière internationale. L’Union européenne, et notamment les pays particulièrement concernés par l’immigration, ce qui implique la participation du Royaume-Uni et de l’Irlande, doit mettre en place une politique européenne cohérente et surtout pragmatique d’immigration : réseau consulaire unique pour la délivrance des visas, généralisation des visas biométriques, office européen de l’asile pour une procédure européenne unique d’examen des demandes, abandon des régularisations massives qui créent des appels d’air pesant sur tous les pays européens, véritable police européenne aux frontières, partenariat euro africain liant l’aide au développement et la maîtrise des flux migratoires, agence européenne du co-développement permettant de mobiliser vers des projets structurants l’épargne des 12 millions de migrants en Europe au service du développement de leurs pays d’origine.
Au sud de ses frontières, l’Europe doit promouvoir la création et le développement d’une grande zone de prospérité et de sécurité incluant tous les pays du pourtour méditerranéen (zone euromed). Ce sera pour nous une garantie de paix et pour l’Afrique un point de stabilité et de développement. Au plan interne enfin, nous conforterons la politique d’immigration choisie, c’est-à-dire une politique équilibrée qui reconnaît les apports de l’immigration à notre pays, mais dans un cadre maîtrisé, compatible avec nos capacités d’accueil et l’intérêt des pays d’origine, et qui permet l’intégration. Nous fixerons des plafonds annuels d’immigration selon les différentes voies d’entrée et poursuivrons le rééquilibrage des flux d’immigration économique par rapport à l’immigration familiale. Les conditions du regroupement familial (revenu, logement, connaissance du français) doivent être plus rigoureuses pour que vivre en France soit un projet fondé sur le travail, pas sur le bénéfice de prestations sociales. Nous favoriserons la venue en France des meilleurs étudiants, chercheurs, ingénieurs, travailleurs qualifiés, artistes et intellectuels, ainsi que les personnes dont les compétences sont recherchées par notre économie, grâce à un système de points, en distinguant les flux provenant de pays émergents et ceux provenant de pays en développement, notamment africains. Seule la venue des seconds peut aller à l’encontre des intérêts de leur pays d’origine. C’est pourquoi, dans le cadre d’accords bilatéraux avec ces pays, seuls les étudiants et jeunes professionnels qui s’engageront à revenir dans leur pays d’origine et mettre leurs compétences au service de celui-ci, pourront venir se former en France.
10. Etes-vous favorable au droit de vote des résidents non communautaires ? Pour quelles élections et à partir de quand ?
A titre personnel, je considère qu’il ne serait pas anormal qu’un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter lors des élections municipales, sous réserve de réciprocité du pays d’origine.
Notre politique d’immigration doit être à la fois ferme et humaine. Dès lors, si je souhaite qu’on expulse ceux qui n’ont pas de papiers, je veux aussi qu’on renforce les droits des immigrés en situation légale. Comme pour la suppression de la double peine, j’ai ouvert un débat en faveur d’une mesure que je pense juste.
11. Pour ce qui est des populations noires, quelle politique de la mémoire pensez-vous mettre en place ? Quelle place doit avoir l’école selon vous dans cette perspective ? Etes-vous prêt à vous engager en faveur d’un grand centre international des cultures noires en France ?
A l’évidence, la politique de la mémoire doit dire l’histoire telle qu’elle est. L’histoire des populations africaines, comme des populations ultramarines ou d’autres origines a commencé avant la colonisation, il faut le rappeler. La loi Taubira qui reconnait la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité est très importante, elle permet de faire un travail de réconciliation. L’histoire de la France, c’est aussi l’histoire de ces populations. La colonisation a été une source de progrès mais aussi de douleurs. Ne pas faire la lumière sur ces réalités, c’est aussi humilier une partie de l’identité des personnes. Nous manquons en France d’historiens de l’Afrique. Un grand centre des cultures noires, à l’image de l’Institut du Monde Arabe, est une idée positive. Je souhaite également la création d’une école française de paléontologie et d’archéologie en Afrique noire, berceau de l’humanité, sur le modèle écoles françaises d’archéologie d’Athènes ou du Caire.
12. Comment pensez-vous procéder pour que la lutte contre l’insécurité ne stigmatise pas davantage les jeunes, les Noirs, les Beurs ?
Jamais, dans mon esprit, je n’ai créé un amalgame entre les jeunes délinquants et l’ensemble des jeunes Noirs et Beurs de notre pays. C’est la raison pour laquelle je fais assaut de pédagogie pour expliquer que notre pays se doit d’aider en priorité ceux qui veulent s’en sortir. L’ensemble des mesures proposées plus haut en matière de lutte contre les discriminations et de promotion sociale et de logement s’adresse à cette jeunesse « issue de l’immigration » qui ne demande rien d’autre que de travailler, respecter ses obligations et réussir sa vie. Il y a des exemples extraordinaires de réussite. Je voudrais qu’on parle plus de ces personnes que de celles qui ennuient la vie des autres.
13. Quel projet d’avenir avez-vous à proposer à la jeunesse de ce pays?
D’abord, l’adolescence est aujourd’hui la grande oubliée de la politique de l’enfance en France. Nous donnerons une marge d’autonomie aux jeunes de 16 à 18 ans leur permettant de mieux se préparer à la vie adulte, en créant pour eux un statut de pré-majorité. Celui-ci leur donnera la possibilité d’exercer librement un certain nombre de droits, le principe de l’autorisation systématique des parents étant remplacée par un droit d’opposition expresse, et de prendre certaines responsabilités qui leur sont aujourd’hui interdites : en particulier créer et diriger une association ou une entreprise.
Par ailleurs, le logement est actuellement l’une des principales difficultés éprouvées par les jeunes. Elle les conduit à demeurer plus longtemps chez leurs parents et retarde leur installation dans la vie et en couple.
Nous voulons remplacer la relation perdant-perdant actuelle dans les rapports entre les bailleurs et les locataires par une relation gagnant-gagnant. A cet effet, nous permettrons à tous les bailleurs de bénéficier, pour un coût réduit, d’une garantie sur les risques locatifs, en échange de la suppression de la caution et des deux mois de loyers actuellement demandés par les propriétaires aux locataires. Cette mesure ne s’appliquera pas qu’aux jeunes, mais ils en seront parmi les premiers bénéficiaires. Par ailleurs, nous remplacerons les dispositifs fiscaux existants de soutien à l’offre locative par un dispositif fiscal unique dont les avantages augmenteront à mesure que le loyer demandé au locataire baissera. Ce dispositif est destiné notamment à améliorer rapidement le marché du logement étudiant.
Enfin, nous donnerons aux jeunes âgés de moins de 25 et faisant des études ou en recherche d’emploi la possibilité de signer un contrat d’autonomie avec l’Etat. Tout jeune, même s’il fait des études et plus encore s’il a des difficultés à trouver un emploi, éprouve au bout d’un certain temps le besoin d’être autonome vis-à-vis de ses parents et ressent même ce besoin comme une question de dignité. Le contrat d’autonomie avec l’Etat lui donnera le droit, selon les cas, de poursuivre ses études de manière autonome moyennant l’attribution d’un prêt à taux zéro ou de suivre un programme rémunéré d’accompagnement et d’aide à la recherche d’emploi. Sauf exceptions, l’aide sera remboursable, parce que c’est juste et vertueux. Le remboursement du prêt ou de la rémunération n’interviendra toutefois que lorsque son bénéficiaire aura stabilisé sa situation dans un emploi durable et correctement rémunéré.
Au-delà de ces mesures, longtemps je me suis demandé comment il fallait parler en tant qu’homme politique à une jeunesse qui a cessé d’écouter les hommes politiques et surtout de leur faire confiance. Comme je l’expliquais lors de l’université d’été de notre parti à Marseille en septembre 2006, toute jeunesse a quelque chose à prouver. Elle a besoin de croire qu’elle peut transformer le monde. Elle a besoin d’imaginer que tout est possible. Elle rejettera la classe politique si celle-ci continue à répéter : « je n’y peux rien ». Cette fascination pour la fatalité coupe les ailes de la jeunesse. Mais en coupant les ailes de la jeunesse, chacun doit être conscient que l’on coupe les ailes à la société tout entière. La France a besoin des rêves et des désirs de sa jeunesse. C’est la raison pour laquelle les jeunes doivent être les premiers acteurs de cette rupture que j’appelle de mes vœux.
Conception du dossier : Louis-Georges Tin.
Réalisation des graphiques et des illustrations : Ariel Martin.






« Cela semble un fait universel que les minorités, en particulier les minorités qui sont reconnaissables à cause de leurs différences physiques, sont traitées par les majorités comme des classes inférieures.
C’est certainement très intéressant mais c’est beaucoup trop long ! Le problème c’est que tout le monde n’a pas fait Normal Sup et qu’avec cet article interminable, on a l’impression que le “Cran” s’adresse aux élites favorisés alors que au au contraire il faudrait qu’il s’adresse aux pauvres défavorisés parce que c’est quand meme eux qui soufrent le plus des discriminations et qui en ont besoin le plus.
c’est super, ça devrait être fait systématiquement, pour tous les engagements.
je ne suis pas tout à fait d’accord avec mamadou : il faut argumenter en direction de tous les publics, pas seulement pour les discriminé-e-s, les pauvres, les défavorisé-e-s, justement ! il faut bien convaincre, avec des arguments, les politiques qui ont fait Normale sup, parce que c’est là que les décisions se prennent. Et attention, seuls les populistes choisissent de s’adresser uniquement aux pauvres, parce que les pauvres croient plus facilement des arguments pas trop approfondis, et parce qu’ils ne veulent pas d’adversaires. Il faut faire des arguments honnetes, et qui tiennent la route, qui soient sérieux. Alors, oui, c’est un peu long..
Moi je suis plutot d’accord avec mamadou. Ce texte il fait plus de 30 pages, franchement qui a le temps de lire tout ça ?
Et puis dire que “les pauvres croient plus facilement des arguments pas trop approfondis, et parce qu’ils ne veulent pas d’adversaires”, c’est vraiment un manque de respects envers les pauvres ! Je suis issue d’une famille pauvre et quand je lis ça, je le ressens comme une insulte envers ma famille et mes parents et ça me met en colère. J’espère que le Cran n’est pas d’accord avec cirnat. Sinon ce n’est meme pas la peine de croire que le Cran défends les défavorisés et discriminés.
Sarko n’a pas encore fini son mandat. Vos arguments seront pris en compte. Allons sûrement car le chemin est long et épineux.